Bienvenue, Monsieur Depardieu...

Publié le par renval

Je ne sais m'empêcher de publier cette "lettre ouverte" de l'avocat Afschrift publiée dans le soir du 18 décembre 2012...

 

 

Cher Monsieur Depardieu, vous avez choisi l’exil en Belgique, comme avant vous, Victor Hugo, Paul Verlaine ou Eric-Emmanuel Schmitt.

 

Vous avez décidé de « voter avec vos pieds », comme des millions d’Allemands de l’Est, de Polonais, de Hongrois et de boat-people vietnamiens, qui, eux aussi, fuyaient un État hostile.

 

Certains critiquent les motifs de votre choix : à leurs yeux, devoir payer 85 % d’impôts sur le fruit de son travail n’est pas un bon motif d’exil. Ils ont tort.

 

Vous avez compris que la France d’aujourd’hui vit sous le despotisme démocratique que Tocqueville avait prédit : « Un pouvoir absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux… (qui) couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes… Il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète ». Vous savez maintenant qu’il y a des dictatures sans tyran, des oppressions sans Stasi, des inquisitions sans bûchers. Vous tournez le dos à un système qui vous déteste, à cause de votre talent, à cause de votre esprit d’entreprise, parce que, égalitariste, il repose sur l’envie ; comme le disait Ayn Rand « ils ne veulent pas posséder votre fortune, ils veulent que vous la perdiez ; ils ne veulent pas réussir, ils veulent que vous échouiez ».

 

La France, orgueilleuse de sa révolution de 1789 n’a cessé dès la Terreur et bien après, d’attribuer les pouvoirs absolus du monarque à des abstractions nommées Nation ou République. Un pouvoir élu certes, mais absolu parce que sans limites autres que celles fixées par l’État lui-même. C’est pour cela que le Pouvoir détestait le bouclier fiscal : il fixait un plafond à la faculté, qu’en France on veut illimitée, de lever l’impôt.

 

Vos motifs sont justes et honnêtes : vous défendez le fruit de votre travail et de votre talent face au totalitarisme fiscal. Mais votre choix est étrange : pourquoi venir en Belgique, l’un des pires enfers fiscaux au monde ?

 

Certes, nos ministres sont des hommes courtois, qui ne vous traiteront jamais de « minable ». Ils savent, comme Bertrand de Jouvenel, que « le chemin du pouvoir passe par le service rendu ». Interchangeables sans jamais rien changer, ils sont les gardiens d’une machine étatique qui se garde d’utiliser la violence et n’emprisonne que très rarement ceux qui lui résistent.

 

Mais n’avez-vous pas vu que cette machine est fabriquée sur le même modèle que celle de la République que vous fuyez ? Bien plus nombreux que les armées de Napoléon et mieux informés que Fouché, nos régiments de fonctionnaires, affables et compréhensifs, œuvrent au profit d’un État Providence en qui ils croient voir le Bien Commun.

 

C’est pourtant au prix du bien-être et des libertés de chacun qu’ils alimentent, de bonne foi mais sans état d’âme, le Léviathan qui veut tout savoir, tout contrôler. On s’offusque lorsqu’un patron, évidemment flamand, assimile cette politique au marxisme. Pourtant Marx n’aurait même pas pu rêver de nos taux d’impôt, lui qui s’écriait : « Des impôts, des impôts et encore des impôts, c’est comme cela que nous tuerons le capitalisme ». Observez attentivement vos nouveaux voisins. Pas seulement les riches, mais ceux qui ont la simplicité de se reconnaître comme des « Belges moyens ». Dites-vous bien que l’État leur prend chaque année la moitié de leurs revenus, et en dépense 55 %.

 

Si un jour vous créez des emplois dans ce pays, admirez vos salariés comme des héros des temps modernes, si vous ne voyez pas en eux, comme R. Nozick, des esclaves du Pouvoir. Jusqu’en août, chaque année, ils ne travaillent que pour payer leurs impôts.

 

Surtout, ne leur proposez pas d’augmenter leur rémunération. D’ici quelques jours, ce sera illégal, et l’État en confisquera jusqu’aux trois-quarts.

 

Lorsque vous aurez compris cela, vous saurez, comme beaucoup de Belges, que ce n’est pas ici que vous pourrez vivre libre, à l’abri d’un État qui veut régler à grands frais pour vous chaque détail de votre vie. Pour cela, il vous faudra à nouveau partir. En Suisse ou ailleurs.

(Signé : Thierry Afschrift, Professeur de Droit Fiscal à l'Université Libre de Bruxelles)

 

Source : Thierry Afschrift

Publié dans Fiscalité

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