Comment lire son bilan ?

Publié le par renval

Le gérant de société, nez dans le guidon,  n’a en général que des yeux pour ses comptes de résultats. Le bénéfice est bien présent, les résultats n’arrêtent plus d’évoluer positivement, tout va bien !

 

Le réveil est parfois très difficile…

 

La trésorerie est vide, les banques refusent la dernière demande de crédit, les fournisseurs demandent à être payé cash, les majorations et intérêts exorbitants de la TVA plombent encore plus cette trésorerie si tendue, les impôts réclament leurs dimes, etc. La cessation de paiement n’est plus très loin, la spirale négative est enclenchée.

 

Le voisin de notre gérant dort très bien. Il se croit à l’abri de ces visites si désagréables reçues à intervalles réguliers par son voisin, sa trésorerie est positive, son compte en banque ne manque pas de liquidité et son banquier l’accueille toujours avec le sourire ! Pourtant, son comptable n’arrête pas de le prévenir, ses résultats sont catastrophiques, mais pour lui, les comptables sont toujours négatifs…    

 

Pourtant, le réveil sera aussi très douloureux…

 

Mais alors, ou ce trouve les problèmes ?

 

Bien trop souvent les indépendants et gérants de sociétés oublient de bien surveiller et analyser leur bilan, et ne sont pas à l’écoute de leur comptable pourtant en théorie bien souvent disponible ! Et s’il n’est pas disponible, il ne faut surtout pas hésiter à bien le secouer ce comptable parfois un peu trop débordé !

 

Partons d’un exemple très simple :

 

Le premier gérant vend des ordinateurs. Pour pouvoir vendre, il doit se constituer un stock, doit payer ses fournisseurs comptant, et ses clients payent à trente jours, si pas à soixante jours… Sans compter les éventuelles faillites de clients ! Le capital de sa petite entreprise est très faible, comme bien souvent.

 

Le deuxième, lui, est plus pragmatique ; il vend des objets d’occasion mis en dépôt par ses fournisseurs. Pas de stock, pas de fournisseurs à payer cash et un délai de paiement lui est même accordé par ses fournisseurs ! Mais ses clients le paye cash.

 

Il ne faut pas être diplômé de la plus grande école de management pour comprendre très vite le problème. Mais pourtant, combien d’entrepreneur oublie ce calcul si simple ?  

 

Le banquier, et même leurs comptables, ont pourtant bien fournis des brochures d’analyse de bilan  avec des tas de formules incompréhensibles, nos gérants ont demandé de l’aide, mais ne comprennent pas très bien ces calculs si compliqués…

 

S’arrêter à la lecture et à l’utilisation unique des comptes de résultats peut être très dangereux pour la gestion d’une entreprise.

 

Lorsque j’analyse un bilan avec mes clients, je dessine toujours une croix que nous remplissons ensemble. 

 

La première chose que je regarde est un simple équilibre financier entre les immobilisés et les capitaux permanents. Pour mémoire, les immobilisés représentent le solde comptable des investissements, les capitaux permanents représentent le capital augmenté des réserves et résultats reportés et des dettes à plus d’un an. Le haut de cette croix. Mais contrairement à la doctrine établie, je rajoute le stock dans les immobilisés, car sans stock, l’entreprise est elle viable ? Autant elle ne sait se passer de ses investissements, son stock est tout aussi important que ses investissements !

 

Après avoir rempli soigneusement ces deux chiffres avec le gérant de la société, je passe aux actifs et passifs circulants. Et en fonction des chiffres obtenus, nous passons à l’analyse :

 

1. Equilibre entre les immobilisés et les capitaux permanents :

 

Ce premier cap passé, nous pouvons partir sur les circulants.

 

2. Déséquilibre entre les immobilisés et les capitaux permanents :

 

Le meilleur résultat est évidement lorsque les capitaux permanents sont supérieurs aux immobilisés. Inutile d’écrire que ce résultat est malheureusement trop rare !

 

Lorsque le déséquilibre est l’inverse, une analyse plus approfondie s’impose afin de déterminer les causes de ce déséquilibre et la manière d’y remédier. Plusieurs raisons sont possibles :  

  • ·         Le capital est nettement insuffisant au développement de l’entreprise
  • ·         Les résultats reportés sont négatifs
  • ·         Les investissements ont été réalisés par des dettes à court terme
  • ·         Le stock est trop important. (Attention ! Souvenons-nous, pour des raisons financières, personnellement je rajoute toujours le stock aux immobilisés, contrairement à la doctrine habituelle)

Bien souvent l’entrepreneur est incapable d’augmenter son capital, et lorsque les résultats sont négatifs, les problèmes ne sont plus très loin. Une réunion avec un professionnel du chiffre s’impose ! De plus, cette situation hypothèque toutes discutions avec les banques.

 

Combien de fois ai-je découvert des investissements financés avec un crédit de caisse ? Ou encore un financement octroyé sur 5 ans lorsque le bien acquit est amorti sur 10 ans ? J’essaie toujours de conseiller de suivre la même périodicité de l’emprunt et de l’amortissement, surtout pour une petite société n’ayant pas beaucoup de fonds propres.

 

Le stock… Source des plus gros problèmes pour les petites entreprises. Achats trop important, stock mal évalué, marchandise désuète, valorisation faite à la va vite, etc. De mon expérience, c’est là qu’il faut chercher l’erreur ! Combien de société ont des problèmes financiers importants, malgré des résultats positifs, et possèdent un stock immobilisé énorme ? Lorsque ce problème est détecté, ma solution, ou mon conseil, est de rapidement établir un budget d’achats avec une valorisation exacte de ce stock.

 

Malheureusement, certains entrepreneurs désirant rendre leur société plus rentable ont vite compris l’influence de ce stock, et surévaluent leurs stocks. C’est la plus mauvaise des attitudes observées ! J’ai encore en mémoire un gérant d’une petite société en consultation pour un conseil, à la lecture de son bilan, bien que ses dettes étaient importantes, les fonds propres étaient positifs. Mais après quelques explications, il m’avouait avoir plusieurs saisies et que la cessation de paiement était indiscutable. La seule explication qu’il m’a donné était tellement simple : Le stock repris à l’actif était surévalué de manière astronomique…

 

En conclusion : Le stock est toujours à valoriser de manière la plus consciencieuse en n’hésitant pas à comptabiliser des réductions de valeur lorsqu’elle s’impose !

 

Lorsque les résultats sont positifs, le stock correctement évalué et d’une valeur correspondant à l’activité, il est possible de retourner voir son banquier et de renégocier les crédits à court terme vers du long terme. Car bien souvent nos amis banquiers acceptent des crédits de caisse à un taux avantageux pour leurs banques, mais pas du tout pour leurs clients… Et n’oublie jamais une chose ; un plan financier correct, bien étudié, représente déjà une bonne partie de l’acceptation de votre banque !

 

3. Equilibre parfait entre les quatre grands postes du bilan et difficultés financières

 

Les actifs sont correctement couverts par les capitaux permanents, l’équilibre entre l’actif et le passif circulant est parfait et la société est dans de graves difficultés financières…

 

La cause est généralement très simple ; les délais de paiements des clients !

 

Une société prestataire de services facture généralement à des clients « sociétés », donc ces clients demandent des délais de paiements, et  bien trop souvent ne sont pas respectés. Mais les charges du personnel, les frais généraux, les remboursements des emprunts doivent être payés comptants ! Les réactions de l’entrepreneur doivent être relativement similaires avec le problème du stock ; analyse de la réalité des créances, mise en place d’une politique de rappels efficace, gestion des comptes clients systématique, etc. Il est bien souvent plus utile de se séparer de mauvais clients en diminuant le résultat de la société !

 

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Pour conclure ces quelques conseils, autant l’analyse des comptes de résultats est importante, autant celle du bilan est tout aussi importante. Car c’est du bilan que partira la possibilité de réaliser les objectifs du compte de résultats… Et n’oubliez jamais de bien consulter votre comptable, et s’il est trop occupé pour vous aider, changez de conseil !

Publié dans Varia

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