Doléances de notre profession....

Publié le par renval

Je remercie notre excellent Président pour avoir enfin osé dire ce que nous pensons tous sans oser le dire....
«Ce ne sont ni nos clients ni nos membres qui alimentent les paradis fiscaux !»
Les indépendants, patrons de PME et acteurs du monde politique sont loin d’imaginer l’envers du décor du métier de leur comptable-fiscaliste. Surtout la partie «noire»...
Les comptables-fiscalistes fêtent ce jeudi les 20 ans de l’Institut professionnel des comptables et fiscalistes agréés (IPCF). L’ambiance sera à la fête, certes, mais le champagne et les petits fours n’occulteront certainement pas les nombreuses doléances des acteurs du terrain. Très proche de ses confrères, notamment par les nombreux séminaires qu’il anime personnellement sur l’ensemble de la partie francophone du pays, et conforté par les résultats d’une étude menée par l’IPCF auprès de ses membres, Jean-Marie Conter résume pour Trends -Tendances quelques éléments qui taraudent actuellement la profession. Il espère être entendu par les décideurs politiques.
La lutte contre le blanchiment. «Lutter contre le blanchiment et demander à nos membres d’être partie prenante dans le processus est chose normale, à tout le moins sur le plan du principe. Reste qu’on nous en demande de plus en plus, au point d’ailleurs d’être arrivés au stade de la saturation. Nombre de formalités administratives — à l’image déjà de ce qui est de mise dans les banques au niveau de l’identification et des bénéficiaires effectifs — sont des plus chronophages et les clients avalent de plus en plus difficilement les factures qui leur sont adressées en lien avec ce genre d’obligations purement administratives ! Au-delà, au vu d’une enquête menée parmi nos membres, il est à déplorer que 44 % d’entre eux estiment ne pas disposer des connaissances requises pour appliquer la loi anti-blanchiment ! C’est interpellant.»
Le report de tâches sur la profession, sans recevoir en échange les moyens nécessaires. «Les nouvelles applications informatiques du SPF Finances font en sorte que nous accomplissons à présent une part non négligeable du travail des fonctionnaires. En effet, à ce que je sache, c’est notre encodage qui aboutit au final à l’édition de l’avertissement-extrait de rôle. Dans le même temps, on ne nous laisse pas l’accès complet aux programmes et données du SPF Finances concernant nos clients, tout en faisant porter dans le même temps des responsabilités accrues sur nos épaules. Enfin, et contrairement à ce qui est de mise pour d’autres professions libérales (comme les kinés), nous n’avons jamais pu bénéficier d’aides financières pour informatiser nos cabinets !»
L’absence de barèmes officiels. «Médecins, huissiers ou notaires ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent en matière d’honoraires. Chez nous, rien de tout cela, pas même un plancher en dessous duquel il serait interdit de descendre ! D’où le danger d’une détérioration de la qualité du service. Au risque de me répéter, un nivellement des honoraires vers le bas est incompatible avec la responsabilité professionnelle qui va crescendo.»
Un monde politique sur son petit nuage... «On adapte le code TVA en lien avec des directives européennes. Soit. Mais on nous impose de nouvelles règlementations sans en avoir mesuré les conséquences tangibles, sans non plus prendre des mesures d’accompagnement. Une exemple ? S’il nous faut désormais établir une corrélation entre le paiement d’une facture et le droit à la déduction de la TVA sur celle-ci, pourquoi n’impose-t-on pas à tous les assujettis la tenue d’une comptabilité en partie double ? A défaut, il est en effet impossible d’avoir un regard digne de ce nom sur leurs créances et dettes.»
Des amendes tous azimuts et... salées. «Franchement, est-ce avec des amendes qu’on aidera les entreprises en difficulté à sortir la tête de l’eau ? Permettez-moi d’en douter ! Je ne reviendrai pas ici sur la saga des cotisations à 309 % mais, à part les principaux concernés, leur comptable et leur avocat, perçoit-on vraiment les soucis rencontrés par bien des entreprises avec l’ONSS et le défilé d’amendes, intérêts de retard, frais de huissiers, et j’en passe, auxquelles elles sont si souvent confrontées. Il faut absolument réformer le système des amendes, sans quoi on va dans le mur !»
Le manque de formation des indépendants. «Pouvoir distinguer chiffre d’affaires TVA comprise et bénéfice après impôt n’est pas encore une évidence pour tout le monde, malheureusement. Et quand l’inéluctable arrive, il est patent de voir parfois certains confrères davantage inquiétés par la justice que les entrepreneurs eux-mêmes. C’est un non-sens !»
La lutte — inéquitable — contre la fraude fiscale et sociale. «A l’heure où notre pays n’est pas loin d’atteindre les performances de l’Italie en matière d’économie souterraine, pourquoi la taxation indiciaire est-elle pour ainsi dire réservée aux seuls contribuables indépendants ? A quand ce genre de procédure pour les salariés, les chômeurs, les (faux) malades ? Alors que les outils informatiques existent, et à moins d’avoir hérité, comment se fait-il en effet que le fisc ne se pose pas vraiment de questions par rapport à la constitution de patrimoines immobiliers dont l’importance est très disproportionnée par rapport aux revenus déclarés ?»
L’absence de concertation préalable. «Les pouvoirs publics gagneraient en temps et en efficacité si nous étions concertés au préalable par rapport aux mesures fiscales envisagées. Les textes, souvent mal établis au départ, amènent forcément leur(s) lot(s) de modifications ultérieures. Les uns comme les autres engendrent malaise, stress et parfois burn-out... Au-delà, je constate à regrets que ce qui avait été initié par Hervé Jamar, à l’époque où il s’occupait de la modernisation des finances et de la lutte contre la fraude fiscale, n’est plus vraiment de mise.»
L’absence de monopole pour les matières fiscales. «Si cette question est réglée pour les matières comptables, il n’en est toujours rien au niveau de la fiscalité. N’importe qui peut le pratiquer, sans être pour autant tenu aux règles — notamment déontologiques — de la profession. La concurrence exercée par certains courtiers d’assurances, pour ne citer qu’eux, est à mes yeux une forme de concurrence déloyale.»
La perception tronquée de notre métier. «Nous ne sommes pas là pour encourager la fraude fiscale et, contrairement à ce que certains soutiennent, nous ne sommes en rien complices des fraudes fiscales mises au jour ces derniers temps dans les médias. Soyons de bon compte, ce n’est pas notre clientèle qui alimente les paradis fiscaux. On se trompe donc de cible en s’attaquant aux membres de l’IPCF. En s’attaquant de la sorte à nos membres, les pouvoirs publics scient une des branches sur lesquelles ils sont assis. C’est le travail de nos membres qui, au quotidien, aide les entreprises à se maintenir debout.»
Source : Jean-Marie Conter - Trends.

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